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Campagne agricole dans le Lorum : Croisade contre un sol et un ciel capricieux

Le ciel serait avare en eau pendant cette campagne agricole dans la bande sahélo-sahélienne, à en croire les prévisions du centre régional Agrhymet de Niamey, structure technique du Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS). Face à cette situation, l’organisme inter-Etats recommande l’adoption des méthodes d’économie, de conservation et de rétention d’eau ainsi que l’utilisation des variétés hâtives. Quelques mois après le démarrage effectif de la campagne agricole, les producteurs de la province du Lorum essaient, tant bien que mal, de prendre en compte cette nouvelle donne. Non sans difficultés, car on est dans un contexte de campagne agricole à plusieurs variables.

Titao, capitale de la province du Lorum. 232 Km au nord de Ouagadougou. 29 juillet 2009. Rues désertes, boutiques et hangars de commerce en état de service minimum ; silence de marteaux dans les ateliers de menuiseries ou de groupe électrogène du côté des soudeurs. Une atmosphère de terre mouillée et d’humidité dans l’air. Des flaques d’eaux confirment l’installation progressive de l’hivernage. Très tôt le matin, les populations se sont réveillées dans la fraicheur et l’humidité. Une pluie bienfaisante vient de tomber sur la ville et ses environs.

La météorologie indique 39 mm d’eau au poste pluviométrique de Titao, 60 mm à Ouindigui et 25 mm à Sollé ; des hauteurs d’eau qui en valent la chandelle, après une longue poche de sècheresse qui a fini par semer le doute dans les esprits. C’est par groupuscules de 5 à 10 personnes, ou par ménages entiers, panier sur la tête ou gibecière en bandoulière, souvent en longue file indienne, à pied, en charrette, à dos d’âne, à vélo ou à motocyclette que les producteurs prennent d’assaut les sentiers et pistes qui mènent à leurs champs, très tôt le matin. Comme un seul homme, la ville s’est vidée de ses bras valides, ne laissant sur place que quelques fonctionnaires et particuliers dont l’activité principale les maintient en leur lieu de travail. Ici, personne ne veut être en reste. C’est une véritable course contre la montre. « La saison est courte et la note à payer pour le moindre retard est fatale. Tout se joue en quelques jours », lance un producteur, visiblement pressé.

Un petit détour dans les champs confirme l’empressement des producteurs. Dans les champs de case, dans les champs de brousse, pioche ou houe en main, l’activité principale, en fonction des cultures, est inévitablement consacrée aux semis et au sarclage. Avec les poches de sécheresse constatées jusque-là, les semis n’ont pas bien poussé et pour certains producteurs, c’est le recommencement. Dans l’ensemble, l’état végétatif des cultures est fonction des spéculations. Le mil est au stade de tallage et de montaison, le sorgho et le niébé au stade de montaison. L’opération culturale dominante pour ces spéculations est le sarclage. L’arachide est au stade de semis à 70% ou de levée. Le niébé, associé pour la plupart des cas au mil est au stade de montaison ou de ramification, surtout dans les champs de bas-fonds où l’humidité a pu être conservée, malgré les poches de sècheresse. Avec 6 à 15 personnes selon les tailles des ménages, les producteurs sont présents à tous les coins de la brousse. Les techniques agricoles diffèrent d’une personne à l’autre et selon les moyens disponibles.

S’adapter aux nouvelles techniques

Rasmané Kagoné dit « 105 » est de cette race de producteurs qui tentent aujourd’hui de tirer profit des nouvelles techniques agricoles. Il s’essaie, depuis une quinzaine d’années, à la récupération progressive d’un espace entièrement dégradé sur la route nationale N°23, à quelques encablures de Titao. 6 hectares, c’est la superficie qui a été lentement mais sûrement récupérée durant des années. Un investissement qui fonde aujourd’hui toute son existence et duquel, il tire entière fierté. « Je ne suis pas pressé. Je sais que je vais réussir dans mon initiative. Au début, lorsque je me battais dans ce « zipélé » (ndlr : sol décapé, de dégradation ultime en langue mooré), on me qualifiait de fou. Mais pour moi, il fallait expérimenter une technique que j’ai entreprise avec un projet dans les années 90. Aujourd’hui, les résultats sont là », affirme « 105 ». A environ 100 mètres de là, les coups de daba sont incessants. Dans une bonne ambiance de travail, une dizaine d’enfants et de femmes sont en train de sarcler le niébé d’un hectare que « 105 » a ensemencé pour cette campagne. « Mon ménage comptait 15 personnes. Mais depuis cette campagne, j’ai libéré les fils mariés et je leur ai donné des terres pour qu’ils puissent se prendre en charge. A présent, j’évolue avec 10 personnes. J’essaie de leur inculquer les nouvelles techniques agricoles ». Chaque année, Rasmané Kagoné cogite sur des techniques et essaie de les mettre en application.

Ici, rien n’est fait au hasard. Chaque acte, chaque technique requiert une explication. « Je travaille en fonction de la donne actuelle. Il n’y a pas assez de pluie, et il faut s’adapter à cette situation. Il faut profiter du peu d’eau qui tombe. Cette année, j’ai abandonné les demi-lunes que je trouve non adaptées à ce sol. L’eau a du mal à partir et s’infiltre peu. Elle stagne et forme des sortes de boulis (ndlr : mini retenues d’eau). Cela contribue à détruire les semis. Les demi-lunes sont adaptées à des sols un peu sablonneux. J’ai donc préféré une technique basée sur des planches de 7 à 8 mètres ». Visiblement, les cultures se portent bien dans le champ de « 105 ». Dans un espace jadis dégradé et impropre à la culture, ce paysan réalise des merveilles. Les variétés semblent être bien choisies. Les cycles sont bouclés au bout de 70 jours, juste deux bons mois de pluies.

« Il ne faut pas se leurrer, l’heure est aujourd’hui à l’application de techniques adaptées à nos sols et à notre pluviométrie. Il faut faire un choix judicieux des semences et des techniques pour espérer avoir plus de rendement », conseille-t-il aux producteurs. Pour « 105 », la mise en place de l’Union professionnelle de producteurs du Lorum qu’il préside, répond aux soucis de formation et de professionnalisation des producteurs. « Même à l’ère de nos grands-parents, les semences n’étaient pas choisies au hasard. Nous ne pouvons pas continuer à utiliser les mêmes variétés avec les changements climatiques actuels. N’est pas producteur qui veut et il faut le mériter en se professionnalisant. J’invite donc les producteurs à se former, à s’investir de façon judicieuse dans la terre. La terre ne ment pas et il faut oser y croire », s’exclame-t-il. Dans l’espace récupéré par « 105 », on se croirait dans une exploitation maraîchère. La technique des planches a été ici exploitée pour produire du mil.

Ce sont des planches de 7 à 8 mètres de long sur 1 mètre de large, soigneusement agencées en colonnes dans des parcelles séparées les unes des autres par des bourrelets et quadrillées par des cordons pierreux pour diminuer le ruissellement et favoriser une rétention maximale d’eau de pluies. Dans les planches aménagées, des sillons sont tracés à l’aide d’une corde pour recevoir deux rangées de poquets de « zaï » en ligne. Ceux-ci sont enrichis par la suite en fumure organique, prêts à être ensemencés dès les premières pluies. La combinaison des techniques “zaï”, parcelles, cordons, fumure, maintient les plants dans un microclimat favorable aux plants. Pour le sarclage, même les enfants sont mis à contribution. Il suffit d’arracher les mauvaises herbes qui poussent dans les planches, juste un coup de daba par-ci par-là et le tour est joué.

Avec soin et délicatesse, “105” libère les plants, souvent étouffés par quelques herbes. Il demeure serein quant à l’issue de la saison agricole, malgré les prévisions du centre Agrhymet de Niamey. « Si les pluies continuent jusqu’en septembre, nous pourrons espérer un rendement de 2 tonnes par hectare, soit 10 tonnes de mil. Pour le haricot, j’espère obtenir 1 tonne et demie à l’issue de la campagne ». A quelques kilomètres de là, You Kirba. Des producteurs s’évertuent à lutter contre l’adversité de la nature. Là également, c’est un champ d’une superficie de 20 ha qui est emblavé et exploité selon la technique « zaï ». Les variétés utilisées sont hâtives, au regard de la mauvaise répartition spatio-temporelle des pluies ces dernières années. Hamadé Gansonré est le précurseur de cette technique dans la localité. Aujourd’hui, sur cette même parcelle, il a été rejoint par ses frères.

Ils sont actuellement 8 ménages à évoluer sur cet espace dont la superficie croît d’année en année. « Nous manquons de moyens pour intensifier cette pratique. Elle est très exigeante en fumure organique. Nous sommes obligés d’étendre la superficie emblavée de façon progressive », souligne ce paysan dont l’exploitation a été régulièrement un point d’escale pour les ministres en charge de l’agriculture depuis 2006. Tout comme « 105 », M. Gansonré reconnaît la nécessité d’une adaptation de notre système agricole aux changements climatiques. Toutefois, note-t-il avec regret, l’insuffisance de semences améliorées contraint à utiliser des variétés dont le cycle est moins court. D’autres producteurs encore, sont organisés individuellement ou en groupements pour appliquer les techniques agricoles innovantes. C’est le cas des groupements Naam de Titao, qui s’investissent depuis des années à promouvoir de nouvelles méthodes et à encourager les producteurs à une adaptation des méthodes culturales aux réalités locales. “Zaï”, demi-lunes, cordons pierreux, ce sont les techniques les plus usitées sous l’impulsion des services techniques et des projets et programmes de développement œuvrant dans la localité au profit des producteurs.

Des variétés améliorées comme alternative

La direction provinciale de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques a mis des variétés hâtives à la disposition des producteurs. Pour « 105 », cette initiative est salutaire. Tout de même, note-t-il, « pour que l’opération réussisse, il faut que les semences parviennent très tôt aux producteurs. Malheureusement, ces variétés atteignent les producteurs quand ceux-ci ont souvent fini de semer ». Ce sont au total, 2 040 producteurs qui ont bénéficié des 24 650 kg de semences, à en croire le directeur provincial de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques du Lorum, Almissi Sawadogo. Selon lui, ces semences ont été repositionnées auprès des communes dès le mois de juin. Mais le retard dans l’acheminement et sa répartition aux bénéficiaires n’ont pas permis à certains producteurs de les utiliser. Pourtant, selon le centre régional Agrhymet de Niamey, le ciel n’ouvrira pas assez ses vannes. La pluviométrie sera « normale à tendance déficitaire » sur la bande sahélo-sahélienne. Dans les champs, les producteurs s’activent. « Il n’y a pas lieu de se décourager », renchérit « 105 ». Toutefois, regrette-t-il, « même s’il est vrai qu’il ne va pas beaucoup pleuvoir cette année, l’annonce n’était pas opportune. C’est comme si vous dites à un malade non préparé qu’il a le sida. Il risque de mourir plus vite parce que ne s’étant pas préparé à accueillir cette nouvelle.

J’aurais préféré que l’Etat mette l’accent sur la sensibilisation des producteurs afin de les amener vers l’adoption des méthodes culturales adaptées comme le zaï, les demi-lunes, les cordons pierreux. Ces prévisions ont suscité le découragement chez certains producteurs et engendré la spéculation du côté des commerçants de céréales. Ils stockent pour revendre plus cher ». Pourtant, selon Mahamadou Ouédraogo de la météorologie nationale, l’avantage de ces prévisions est de permettre aux décideurs d’orienter les producteurs et les amener à mieux choisir les variétés et les techniques pour mieux profiter du peu de pluie. « C’est bien vrai, soutient-il, que toute politique a des inconvénients mais, il est plus intéressant de prévenir pour amener les uns et les autres à prendre les dispositions qui s’imposent ». En tournée d’information avec la direction régionale de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques du Nord sur la situation pluviométrique, M. Ouédraogo a invité les populations à bien choisir les variétés et à intensifier la pratique du « zaï » pour mieux tirer profit du peu d’eau qui tombera du ciel. « J’invite les producteurs à suivre les conseils des encadreurs et à adhérer aux nouveaux produits qui leur sont proposés », insiste-t-il. Face à une telle campagne à plusieurs variables, démarrer tôt, suivre l’itinéraire technique, utiliser les semences améliorées, pratiquer des techniques agricoles adaptées, utiliser la fumure organique s’avèrent être dans tous les cas, les clefs de succès préconisés par les techniciens de l’agriculture.

Abdoul Salam OUARMA : AIB/Titao

source : www.lefaso.net

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