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Des recettes biologiques dans les assiettes !

Aidez nous à faire du bio. Cela nous rapporte plus et nous sécurise. » C’est en substance l’interpellation directe d’un producteur agricole de la province du Yatenga à l’adresse du Président du Faso lors de la dernière Journée Nationale du Paysan. Comme ce producteur, ils sont nombreux ceux qui ne jurent désormais que par le Bio. Pesticide, fertilisant chimiques, font partie de leurs ennemis communs.

Anacarde, coton, karité, mangue, sésame, etc sont des produits que le Burkina Faso exporte chaque année sous le label « bio ». Ces exportations rapportent d’importants revenus aux producteurs et au pays. Le couple économie et environnement s’en porte mieux.

« Aidez nous à faire du bio. Cela nous rapporte plus et nous sécurise. » C’est en substance l’interpellation directe d’un producteur agricole de la province du Yatenga à l’adresse du Président du Faso lors de la dernière Journée Nationale du Paysan. Comme ce producteur, ils sont nombreux ceux qui ne jurent désormais que par le Bio. Pesticide, fertilisant chimiques, font partie de leurs ennemis communs.

Depuis quelques années, de plus en plus de producteurs Burkinabé se bousculent pour obtenir des certifications Bio. Cela s’explique par la croissance de la demande sur le marché international. Les retombées sont positives et les producteurs se frottent les mains.

En 2004 l’ONG Helvetas Burkina a entrepris en collaboration avec l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina d’appuyer l‘introduction du coton biologique au Burkina. Le projet a démarré avec 72 producteurs. En 2007, ils étaient plus de 1200. Ce qui représente un volume d’environ 150 tonnes de fibres et 340 à 350 tonnes de coton graine pour la campagne écoulée.

L’agriculture biologique est un terme qui est apparu dans le langage populaire en occident au début des années 60, pour désigner des méthodes de productions agricoles n’utilisant pas d’engrais chimiques, ni de pesticides de synthèse. Le produit bio pourrait être considéré comme naturel à l’image de ce qui existait avant l’apparition de l’agriculture industrielle et de l’industrie agroalimentaire.

Production exigeante mais un marché porteur

Produire bio suppose donc un respect scrupuleux de règles énoncées dans les cahiers de charges. Un suivi à tous les niveaux et à toutes les étapes de la production s’impose afin de s’assurer qu’aucun produit chimique n’intervient dans le circuit de production.

Ceci commence par le choix des parcelles de cultures « nous nous assurons que la parcelle choisie n’ait pas été utilisée pour des cultures durant au moins les 2 dernières années quand il s’agit de culture annuelle et 3 ans pour les cultures pérennes » explique Abdoul Aziz Yanogo de l’ECOCERT International, un organisme de certification biologique représenté au Burkina Faso. La parcelle doit également être isolée et située sur un terrain élevé pour éviter que les écoulements des eaux n’apportent des produits chimiques utilisés par les autres.

« Nous n’utilisons plus des amandes à tout venant. Il y a une plus grande rigueur dans le ramassage des amandes, la collecte, la transformation, l’équipement et le conditionnement » concède Assétou Nikiéma, présidente du Clubs des productrices de Beurre de Karité Biologique du Burkina Faso.

Les producteurs bio sont toutefois autorisés à utiliser des insecticides naturels tirés de végétaux comme le Neem* et des fertilisants à base de fumure organique. « Au delà du contrôle chaque producteur doit être conscient de ce qu’il fait, nous ne jouons pas aux policiers, les producteurs doivent surtout faire du contrôle interne car à tous les coups des analyses sont réalisées sur les produits une fois en Europe » précise M. Yanogo.

Loin d’être un phénomène de mode, l’agriculture biologique se propose de résoudre un réel problème de santé publique. Trop de pesticide détériore la santé des populations et des animaux mais aussi l’environnement. Cette réalité concourt à la popularité du concept « Bio ».

Le marché occidental raffole des produits bio au grand bonheur des producteurs Burkinabé. « En Europe, les consommateurs qui ne veulent plus prendre des risques pour leur santé. On parle d’alimentation consciente. Il y des boutiques où de l’apéritif au dessert tout est bio » constate M.Yanogo. Ainsi la demande va croissante chaque année et les chiffres d’affaire aussi.

En 2006, la production du coton-graine biologique burkinabé était de 350 tonnes mais cette année la production grimpera à dix fois plus.

L’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina fournira en 2008, 600 tonnes de coton biologique à Victoria’s Secret, une compagnie américaine pour la confection des sous-vêtements biologiques pour femme.

Une étude économique montre que la culture du coton biologique permet aux producteurs d’obtenir un revenu net de 73 664 F cfa par hectare si l’on ne tient pas compte du coût de la main d’œuvre familiale. Elle représenterait également 32 à 60% du revenu de la femme rurale.

« En 2004 nous avons exporté 20 tonnes de beurre de karité, en 2007 ce chiffre était de 80 tonnes. Nous comptons faire encore plus cette année » explique Mme Nikiéma.

De plus les produits bio se vendent à des prix « convenables ». « Le Kg du beurre de karité conventionnel est vendu à 1000 Fcfa tandis que celui du bio se vend entre 2000 et 2500Fcfa », apprécie Mme Nikiéma.

Les compagnies The Body Shop et L’Occitane sont les plus grands acheteurs de beurre de Karité sur le marché européen et international.

Faire un choix conscient

L’un des paradoxes des produits bio est qu’ils semblent destinés uniquement à l’exportation non à la consommation locale. Leur prix étant inaccessibles pour les Burkinabé moyens. Ce constat provient des producteurs eux-mêmes.

De plus, les insecticides naturels à base de Neem auront t-ils la même efficacité dans toutes les zones selon qu’elle soit de haute ou de moindre prévalence d’insectes ? Un chercheur s’interroge. « Je suis personnellement contre l’usage de pesticides mais pour les fertilisants il faut y réfléchir par deux fois avant de refuser », nuance t-il toutefois. Pour lui, il est difficile de faire du Bio dans le contexte du Burkina Faso surtout dans la production céréalière. La pauvreté des sols nécessite un apport en fertilisant autre que naturel : « les composts utilisés sont aussi pauvres que le sol qui a produit les plantes qui entrent dans sa fabrication. Pourtant chaque année le pays a de plus en plus de bouches à nourrir, comment y arriver avec des sols aussi pauvres et sans fertilisants ? ». Ceci est valable pour tous les pays de l’Afrique de l’Ouest.

Le Bio participe au développement durable qui « répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs, mais il y a ceux qui pensent que sans fertilisants la survie des générations présentes elles même serait compromise. Devrions nous alors nous hâter lentement vers l’agriculture Bio ? Toujours est-il qu’il y a un choix conscient à faire.

Inna GUENDA SEGUEDA

Cet article a été réalisé dans le cadre des publications mensuelles de Faso-dev.

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