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L’Association Tin Tua : la décentralisation pour une meilleure alphabétisation

L’alphabétisation est un enjeu de taille dans bon nombre de pays en voie de développement. Souvent, le mode de vie empêche certaines tranches de la population d’accéder à la scolarisation. Au Burkina Faso, longtemps les tâches que devaient accomplir les femmes, comme aller chercher l’eau au puits ou le bois dans la brousse, les ont empêchées de fréquenter les bancs d’école. C’est ainsi que, pour lutter contre l’analphabétisme, a été créée, en 1989, l’ONG Tin Tua (ATT). Ils ont mis en place plusieurs systèmes afin de permettre l’alphabétisation des populations de l’Est du pays, tel que les diemas. Ceux-ci ont favorisé, au courant des années, la formation et l’éducation de centaines de personnes.

Si la mission principale de Tin Tua est d’alphabétiser les populations de l’Est, les moyens pour arriver à cette fin ont très certainement été intelligemment pensés. L’idée de la création de l’ATT découle directement du Programme d’alphabétisation au Gulmu (PAG), dont les premières activités ont vu le jour en 1984, sous l’égide de la Sous-commission nationale du gulmancema. Il s’agissait de prendre des dialectes locaux, traditionnellement oraux, dont le principal est le gulmancema (gourmantchéma), et de parvenir à les transcrire, afin de pouvoir mettre sur papier la tradition orale. C’est donc en 1985 qu’a été adopté le code orthographique de la langue, ce qui a permis, un an plus tard, de commencer l’alphabétisation des populations.

La création de l’association s’est avérée nécessaire dès 1989, pour deux raisons. Tout d’abord, le nombre de nouveaux alphabétisés étant devenu trop important, la sous-commission se voyait débordée. Ensuite, la nécessité d’une postalphabétisation, qui impliquait une diversification des activités, dont certaines génératrices de revenus, a rendu essentiel la création de Tin Tua, afin de rester conforme à la loi. Alors que la sous-commission favorisait une alphabétisation culturelle, l’ATT permettait de faire la transition vers une alphabétisation fonctionnelle.

En 1993, une évaluation des activités de l’ATT a mis en lumière le succès et l’efficacité d’une telle démarche. Toutefois, avec le temps, l’étendue du territoire couvert étant devenu un obstacle. Conséquemment, ils ont eu l’idée de créer les diemas. Diema, en gourmantchéma, veut dire « union ». Ainsi, il s’agit d’une union d’au moins douze groupements, géographiquement rapprochés et ayant la volonté de travailler ensemble. Jusqu’à présent, Tin Tua gère seize diemas, répartis dans plusieurs villes de la région de l’Est, tels que Fada N’Gourma, Pama et Piela. « Ce sont les groupements qui ont choisi les villes, par leur volonté de se réunir », explique Abdul Karim Lankoandé, chargé du renforcement des capacités des diemas pour l’organisation.

Bien que le but de la création des diemas était de permettre à un plus grand nombre d’avoir accès à la scolarisation, l’ATT a vite compris que de rendre le service accessible ne suffisait pas. En effet, si les hommes avaient une plus grande facilité à se libérer pour suivre les enseignements, les femmes elles, restaient souvent trop occupées pour se le permettre. C’est en réponse à cette problématique que Tin Tua a incorporé à ces regroupements des plateformes multifonctionnelles. Ainsi, certains diemas sont équipés de moulin à grain, d’alimentation électrique et de puits. Le caractère exceptionnel de cette intégration vient du fait que ces nouvelles structures permettent aux femmes d’exécuter leurs tâches ménagères plus rapidement. Ce faisant, elles ont plus de temps pour suivre les programmes d’alphabétisations.

Ces programmes, qui à la base devaient permettre d’alphabétiser, dans la langue locale, les populations, ont grandement évolué. En effet, les néo-alphabétisés ont démontré leur volonté d’apprendre le français et de mettre en pratique les connaissances qu’ils avaient acquises. De ce fait, de nos jours, les diemas offrent plusieurs formations, que ce soit dans l’apprentissage du français, du calcul, du gourmantchéma, mais aussi à des niveaux plus techniques. De ce fait, ces sessions de trois mois peuvent aller de la couture à la maçonnerie, en passant par le tissage ou la menuiserie. Pour le seul diema de Fada N’Gourma, plus de mille cinq cents personnes ont été formées l’an passé, dont près de sept cents femmes.

L’objectif ultime de Tin Tua est de permettre aux nouveaux alphabétisés de s’organiser afin qu’ils aient la capacité de prendre en charge leur propre développement. Ainsi, ces diemas ont, depuis quatre ans, une reconnaissance juridique, donc ils sont autonomes. Le siège ne fait que gérer la qualité des services offerts et le suivi. Il s’agit là du résultat que l’ONG désirait atteindre, puisque maintenant, ce sont ces nouveaux alphabétisés qui gèrent eux-mêmes leur diema. Ainsi, dans une logique de développement, cette gestion permet le transfert de compétences aux paysans, qui mettent en pratique leurs acquis.

Il est évident que l’autonomie de ces diemas est une des plus grandes forces de cette association. Souvent, les programmes d’alphabétisations optent pour le rendement, sans penser en profondeur, ce qui fait que ces nouveaux alphabétisés n’ont pas la chance de mettre en pratique leurs connaissances, qui finissent par se perdre. Toutefois, les créateurs de l’ATT ont su réfléchir et adapter leur objectif aux besoins des publics visés. Si les pays occidentaux se targuent d’avoir le monopole du développement et de la coopération internationale, l’exemple de l’ATT démontre clairement que ce processus se doit de se faire en conformité avec les besoins et les réalités des populations touchées. Dans cette optique, nul n’est mieux placé pour alphabétiser le Burkina Faso que les Burkinabés eux-mêmes. Et n’est-ce pas là que prend toute la signification de l’expression « Tin Tua » ? Développons-nous, nous-mêmes…

Audrey Houde-Forget

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