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L’action de la société civile dans le plaidoyer et le lobbying au Burkina

BURKINA - La société civile prend le train marche

Longtemps exclue des discussions et des actions autour du thème de la lutte contre la pauvreté, la société civile burkinabé s’invite aujourd’hui au débat. Et elle arrive pour mettre les pieds dans le plat. Panos Infos - "La société civile voudrait [...] que l’Etat l’implique désormais de façon plus durable dans l’élaboration, la mise en œuvre et la défense des politiques de développement". Ainsi concluait la déclaration finale du Forum national de la société civile sur le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (Cslp). C’était à Ouagadougou, du 28 au 30 juillet dernier. Cette rencontre a peut-être marqué un tournant décisif dans le processus d’élaboration et de mise œuvre du Cslp. En effet, pour la première fois, les organisations de la société civile (Osc) burkinabé se réunissaient pour se pencher longuement sur ce document.

Jusqu’alors, l’implication des Osc dans ce programme, débuté au Burkina en 2000, s’était limitée à des participations à des rencontres managées et gérées par des acteurs gouvernementaux. Ces conditions d’organisation n’avaient pas permis au Osc de faire un apport conséquent dans le processus du Cslp. Il apparaît d’ailleurs que l’objectif du gouvernement, en initiant ces ateliers, était plus d’informer le public sur le processus du Cslp que de susciter un réel débat autour de cette question. La Commission économique pour l’Afrique de la Banque mondiale soulignait d’ailleurs cet aspect des choses, dans un rapport produit en novembre 2002. Le document notait : "La grande lacune est que l’administration n’a pas fait l’effort de clarifier le cadre du dialogue, si bien que, souvent, on a l’impression qu’il est demandé aux acteurs de venir écouter sans bien connaître l’utilité de ces rencontres."

De même, la sous-représentation de la société civile aux ateliers d’élaboration du Cslp a influé négativement sur la contribution des Osc. En effet, une infime partie d’entre elles ont été appelées à prendre part à ces sessions de travail. L’un des grands absents du processus était le Secrétariat permanent des Ong (Spong). Organisation rassemblant soixante dix-huit Ong et associations nationales et internationales, sur un total de deux cent quarante-huit existant dans le pays, le Spong n’avait pas été associé aux consultations. Cette institution est pourtant le point focal "Société civile", dans le plan national de bonne gouvernance mis en place par le ministère du Développement Institutionnel avec le soutien du Programme des Nations-Unies pour le développement (Pnud). En tant que tel, elle rassemble, aussi régulièrement que possible, un nombre important de membres et de non-membres pour des consultations sur des questions d’intérêt national. "Nous reconnaissons qu’en 2000, au moment de l’élaboration du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, la participation n’avait pas été suffisante. Tant au niveau de l’administration qu’au niveau du secteur privé et de la société civile. Cela s’explique par le contexte même de cette élaboration. On était pris par le temps et nous n’avons eu en réalité que trois à quatre mois pour élaborer ce document", se défend M. Bonoudaba Dabiré, secrétaire permanent du Secrétariat technique pour de la coordination des programmes de développement économique et social (Stc-Pdes). "Les organisations de la société civile ont aussi grand intérêt à s’organiser mieux, pour participer activement et efficacement à la définition des orientations de développement. Si elles ne s’organisent pas, si elles ne renforcent pas leurs capacités, leur participation sera toujours limitée", ajoute-t-il.

Perche tendue

Il est vrai qu’au moment où le gouvernement se battait pour l’élaboration du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, le terme "organisations de la société civile" n’était pas clair dans l’esprit des Burkinabé. On en était encore à débattre sur qui fera partie des Osc et qui n’en fera pas partie. Mais il existait cependant des Ong, des associations et des syndicats bien structurés qui auraient pu représenter efficacement la société civile. Mme Clémentine Ouédraogo, coordonnatrice du Spong, trouve donc une tout autre raison à cet impair dans la participation de la société civile au processus du Cslp. "Nous ne sommes pas d’accord avec le concept du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté qui n’est rien d’autre pour nous qu’un deuxième programme d’ajustement structurel (Pas). Les programmes Ppte (Ndlr : pays pauvres très endettés), le Nepad (Ndlr : Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique), ne sont que des Pas déguisés. Comme la société civile n’est pas d’accord avec ces programmes, elle est, aux yeux des autorités, un obstacle qui les empêche de faire ce qu’ils veulent. C’est pour cela qu’on a tout fait pour nous écarter et ne pas nous associer à ce processus du Cslp".

Quelles que soient les vraies raisons de la quasi-absence des Osc dans l’élaboration du Cslp, les autorités gouvernementales n’ont eu d’autre choix que de les intégrer dans le processus de révision. Les partenaires au développement ont pesé de tout le poids pour qu’il en soit ainsi. "La lutte contre la pauvreté n’est pas une lutte que le gouvernement peut faire à huis clos, par lui-même. Toutes les populations doivent être impliquées, sinon le programme va échouer. Nous avons donc fait pression sur le gouvernement pour qu’il implique plus tous les Burkinabé", explique M. Robert Franco, représentant-résidant du Fonds monétaire international (Fmi) au Burkina. Résultats, en début 2003, la société civile a été invitée à une réunion au cours de laquelle elle a été informée de la révision du Cslp prévue pour la fin du mois de septembre. De même, elle a reçu l’aval pour organiser son forum en juillet dernier, entre autres activités.

La société civile n’a pas hésité à saisir la perche qu’on lui a tendue. Et à peine est-elle admise pleinement dans le cercle des acteurs du Cslp qu’elle commence à poser des questions et à faire des suggestions qui dérangent. Elle parle de la gestion "opaque" des fonds Ppte, dénonce la nouvelle politique agricole du pays et se propose de créer des indicateurs pour assurer le suivi du programme. Mais tous ces mots qui sont lancés par les acteurs de la société civile n’auront d’effet que s’ils sont effectivement intégrés dans le texte final du Cslp. Sur ce point, rien n’est encore sûr.

Les positions de la société civile burkinabé

Nous, représentants de la société civile :
- Reconnaissons le bien-fondé de donner la priorité à l’éducation de base comme stratégie de lutte contre la pauvreté, mais demandons de poursuivre la réflexion prospective pour donner aux pauvres des compétences et des capacités pour sortir effectivement de leur pauvreté et pour permettre au Burkina de compétir efficacement sur la scène internationale. Nous pensons que l’éducation de base seule ne peut permettre au Burkina d’atteindre l’objectif du Cslp d’accélérer la croissance dans l’équité, dans la mesure où la croissance économique dépend, de nos jours, de la maîtrise des sciences et des techniques au niveau le plus élevé.
- Relevons la nécessité d’élaborer et d’adopter une politique nationale genre indispensable à l’opérationalisation des programmes de lutte contre les discriminations dont sont victimes certaines catégories sociales.
- Emettons de sérieux doutes sur la pertinence de la stratégie, consistant à faire du secteur privé le moteur d’une croissance accélérée permettant de lutter contre la pauvreté. Nous pensons que l’Etat doit jouer un rôle fondamental dans les actions de développement visant la réduction significative de la pauvreté.
- Exprimons nos vives inquiétudes sur la pertinence de certaines options politiques dans le domaine agricole. Il s’agit notamment de la promotion de l’agro-business avec comme conséquence la spoliation des meilleures terres de paysans voués à devenir, dans le meilleur des cas et dans un proche avenir, des ouvriers agricoles sans avenir. Il s’agit également de l’engagement récent de notre pays dans l’expérimentation des organismes génétiquement modifiés (Ogm).

http://www.panos-ao.org/spip.php?article2615

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