Envoyer à un ami Imprimer l'article {id_article}

Le CILSS et la lutte contre les crises alimentaires

Interview accordé par Mr Issa Martin Bikienga, secrétaire exécutif adjoint du CILSS au Journal SIDWAYA.

Confronté à la crise du climat à l’image du monde et à la menace de l’avancée inexorable du désert, le Comité permanent inter Etats de lutte contre la sechéresse dans le Sahel (CILSS), après 34 ans d’actions contre la désertification, doit s’adapter, innover pour assurer la survie des sahéliens face à la vulnérabilité climatique. C’est du moins l’avis que partage son secrétaire exécutif adjoint, Issa Martin Bikienga dans cette interview. Il commence par présenter son institution.

S. : Trente-quatre (34) ans après sa création, le CILSS a-t-il atteint ses objectifs ?

Issa Martin Bikienga (I. M. B.) : En 34 ans d’existence, nous avons fait beaucoup de réalisations, nous nous sommes spécialisés, au départ dans l’aide d’urgence, mais progressivement, nous nous sommes investis dans des actions de gestion de la sécurité sur des bases durables. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, nous avons mis en place un réseau de prévention des crises alimentaires. "La dégradation des terres cause 9 milliards de dollars de perte annuelle alors que leur réhabilitation ne nécessite que 2 milliards de dollars".

Ce dispositif permet de donner l’alerte lorsqu’une crise alimentaire doit survenir. Cela permet de mobiliser l’aide internationale de façon conséquente. En outre, nous avons eu l’avantage d’appliquer des programmes de terrain. Cela a permis de faire des réalisations concrêtes. Je veux citer le programme régional solaire qui est pour beaucoup dans la mobilisation des ressources en eau. Des forages, nous en avons, d’ailleurs, créés plusieurs centaines dans nos Etats membres. De plus, nous avons contribué à la mise en place d’équipements d’éclairage solaire et ces mêmes équipements ont permis de résoudre des problèmes tels que la téléphonie rurale et la réfrigération. Indépendemment de cela, nous avons aussi fait des progrès dans le domaine des énergies domestiques alternatives à travers l’utilisation de la biomasse. Tout cela dans le but de faire en sorte qu’il y ait le moins possible d’atteinte à l’environnement car la plupart de nos populations , qu’elle soient rurales ou urbaines, utilisent principalement le bois de chauffe comme source d’énergie. Or le bois de chauffe, tel qu’il est utilisé à l’heure actuelle, atteint des proportions inquiétantes. Nos forêts sont en train de disparaître progressivement, donc, il nous a fallu trouver des solutions tant sur le plan politique que sur le plan concret pour réduire les ponctions au niveau des forêts. Nous nous sommes également investis dans la recherche agricole, dans la recherche en communication et développement et dans l’éducation environnementale. Mais ce n’est pas pour autant que l’on a quitté le spectre de la famine. La preuve, de temps en temps, dans certains pays, il y a des problèmes de sécurité alimentaire et de malnutrition. Il y a également, comme on le constate à l’heure actuelle, des problèmes d’inondation. Ces phénomènes ne sont que la conséquence du changement climatique. Cela veut dire que malgré tout ce que l’on a fait à ce jour, il y a de nouveaux défis à relever. Notre mandat reste, donc, toujours d’actualité et nous avons toujours besoin de l’appui de la communauté internationale et de nos Etats pour accomplir notre mandat.

S. : Parlant du changement climatique, comment le CILSS aborde ce nouveau défi ?

I. M. B. : Concernant ce problème, nous abritons actuellement un programme de terrain qui se situe au Niger, au Burkina Faso, au Mali. Ce programme d’adaptation au changement climatique entend apprendre à nos populations rurales à appréhender le phénomène. Il faut s’adapter à travers l’utilisation de nouvelles variétés ou de variétés appropriées pour les différentes cultures que nous pratiquons. Il faut également réfléchir à l’utilisation de techniques de conservation des eaux et des sols et de techniques de protection de l’environnement. Nous essayons d’appporter ces techniques aux populations dès à présent parce que le changement climatique est une réalité qui va s’amplifier dans les années à venir.

S. : Concrètement, comment le CILSS vit les changements climatiques ? Quelles en sont les manifestations ?

I. M. B. : Le phénomène des pluies à l’heure actuelle est marqué par un déplacement du début de la saison agricole du mois de mai, juin à août quelquefois. Au cours des deux (2) dernières années au Burkina Faso, les pluies ne sont pas venues au bon moment, cela a désorienté les populations. Les producteurs agricoles ont perdu leurs repères. Autre manifestation visible, les inondations. Lorsqu’il pleut, cela se traduit avec une forte intensité. Cette année, nous avons déploré la dégradation d’infrastructures routières mais plus grave que cela, nous avons eu des pertes en vies humaines. C’est une préoccupation pour nos pays mais aussi pour la communauté internationale. D’une manière générale, la manifestation du changement climatique va se traduire par une très grande variabilité, il y aura souvent des sécheresses tout comme des inondations.

S. : Que pensez-vous des campagnes de reboisement à coups de publicité politique qui s’enchaînent au fil des hivernages ?

I. M. B. : Les campagnes de reboisement ne sont pas inutiles puisque la dégradation des terres, donc, la désertification va beaucoup plus vite que ce que nous sommes en train de faire actuellement. Seulement, nous oublions assez souvent qu’il ne suffit pas de planter, il faut aussi entretenir. J’insiste sur la protection et l’entretien des plants mis en terre. Sans quoi il y a des déperditions et cela décourage. Si vous plantez et que vous n’avez pas le souci de protéger l’arbre, vous n’en tirez pas de profit. A notre avis, la sensibilisation doit se poursuivre afin que ceux qui sont promoteurs ou initiateurs des campagnes de reboisement intègrent la dimension "protection" dans tout ce qu’ils entreprennent. Autrement, cela reste des actions spectaculaires qui, tôt ou tard, peuvent se retourner contre leurs promoteurs parce qu’elles vont se traduire par des échecs.

S. : Les inondations, l’installation tardive de la campagne agricole finissante vont-elles compromettre les prévisions agricoles ?

I. M. B. : Les inondations vont avoir une incidence sur la production agricole parce que ceux qui ont semé dans les bas fond vont connaître des difficultés de récolte. C’est certain car les cultures étant engorgées d’eau, elles ne vont pas donner de bons rendements. Je crois que le ministère de l’Agriculture a annoncé qu’il y avait 7000 hectares de terres inondées, certes ce n’est pas grand chose comparés aux (3) millions d’hectares de terres cultivables au Burkina Faso. Néanmoins, cela aura un impact négatif sur la production agricole. Mais nous aurons un bilan précis dans les prochains jours pour faire face à la situation. Nous serons alors en mesure de vous dire avec précision l’état de la situation générale et les perspectives en matière agricole.Mais dans tous les cas, les pays auront à consentir des efforts financiers et ils auront, également, besoin de l’aide extérieure.

S. : Comment se matérialise la prévention des crises alimentaires et la collaboration avec la communauté internationale ?

I. M. B. : Le réseau de prévention des crises alimentaires se réunit sur une base trimestrielle. Lors de ces réunions, nous faisons le point en nous basant sur notre dispositif de suivi des alertes précoces. Nous disposons de service dans le domaine de l’agriculture, de la météorologie, etc... Ces services sont dotés d’équipement, de moyens de travail qui permettent de suivre ce qui se passe dans chaque pays et faire répercuter l’information. Au demeurant, ces services ont à leur disposition des agents qui ont été formés à l’alerte précoce. Donc, au niveau de chaque pays, les conditions sont remplies pour appréhender tout phénomène alimentaire grave. En dehors de cela, nous avons aussi un suivi de la végétation et de la pluviométrie à partir des images satellites. Ces éléments, combinés avec ceux que nous récoltons au niveau national, nous permettent de préparer les Etats à la survenue d’éventuelles crises alimentaires ou catastrophes quelconques. Aucune crise alimentaire ne peut surprendre le CILSS. Par exemple, nous avions annoncé, en 2005, la survenue des criquets pèlerins.

S. : Pourquoi les Etats n’avaient-ils pas pris de mesure contre les criquets pèlerins ?

I. M. B. : Vous savez que dans le passé, nous étions habitués à lutter contre le criquet pèlerin. Dans nos services, des cadres étaient formés à cela. Au niveau du Sahel, nous avions même positionné des véhicules et des produits de lutte anti-acridienne. En 2005, cela faisait longtemps que nous n’avions plus entendu parler du criquet pèlerin donc nous avions baissé la garde. Mieux que cela, même les techniciens, qui étaient formés à cela, ont été affectés ailleurs. Donc quand le phénomène s’est produit, on était complètement désarmé. Toutefois, à partir de la fin de l’année 2004, nous avions eu des informations sur la possibilité d’une invasion de criquets pèlerins. Nous avions donc fait une annonce en ce sens. Nous avions donné l’alerte, la FAO (Food and agriculture organization) en avait fait de même. Mais aucun Etat ne nous avait pris au sérieux. Normalement, dans nos Etats, chaque pays doit prévoir une dotation budgétaire minimale pour faire face à la survenue du criquet pèlerin. Mais tout cela avait été abandonné car cela devenait un phénomène improbable.

S. : Concernant la sécurité alimentaire, quelle est la situation actuelle au Sahel ?

I. M. B. : Nous avons connu une campagne agricole 2006 excédentaire comme celle de 2005. D’une manière générale, donc, la situation alimentaire peut être considérée comme bonne. A l’exception de crises alimentaires localisées, la situation moyenne reste satisfaisante. Les marchés étaient bien alimentés. L’indicateur essentiel est le niveau des prix. Le prix des céréales demeure raisonnable. Mais, voyez-vous au Sahel, rien n’est continu, c’est pour cela que nous maintenons notre vigilance car d’une année à l’autre, la situation peut se dégradée.

S. : Cette variabilité siginifie-t-elle que les Etats manquent de capacité d’anticipation ?

I. M. B. : D’un point de vue climatique, ils sont impuissants. Nous n’y pouvons rien parce que le climat est un phénomène mondial, nous ne sommes pas les seuls responsables de ce qui se passe actuellement. Bien au contraire, nous influons très peu. A notre échelle se pose le problème de l’adaptation à ces changements. A ce titre, nous sommes en train d’élaborer un projet d’action sous régional pour l’Afrique de l’Ouest afin de réduire la vulnérabilité des systèmes de production, des systèmes économiques face au changement climatique. Maintenant, sur le plan de la production agricole, nous ne sommes pas encore très habitués à la diversification de nos productions agricoles. Evidemment des progrès ont été faits mais on gagnerait à faire davantage pour que certaines cultures vulnérables à la pluviométrie puissent être compensées par d’autres cultures. La mise en place de la petite irrigation au Burkina Faso participe de ce souci et devrait servir d’exemple.

S. : Les grandes sécheresses de 1972-1973 ont présidé à la création du CILSS, 34 ans après, le désert avance toujours. Cela signifie-t-il que le CILSS a échoué ?

I. M. B. : Absolument pas. Le phénomène de désertification est assez complexe du fait du climat mais aussi de l’action de l’Homme. Si nous faisons un bilan, nous verrons que la dégradation des terres est dix fois plus élevée que la régénération naturelle. Donc l’effort que nous devons fournir est très important. De plus, tout ce que nous avons investi dans le domaine du reboisement ne peut être suffisant. Pour toutes ces raisons nous réaffirmons à l’occasion de la 22ème journée du CILSS, qu’il ne fallait pas baisser les bras. Si nous ne faisons rien, les terres se dégraderont continuellement. Dans le cas de l’Afrique, nous avons estimé que la dégradation des terres avait un coût de l’ordre de neuf (9) milliards de dollars par an. Si vous voulez réhabiliter ces terres, il faut remettre deux (2) milliards de dollars par an. Cela veut dire qu’il ne faut pas rester inactif car l’inaction coûtera chère. La mise en place de cordons pierreux et de digues filtrantes au Burkina Faso ont montré toute leur efficacité. Ces techniques permettent de mieux utiliser les eaux et les sols. Il a été démontré que ces techniques sont rentables sur la plan économique. Aussi, il ne faut pas baisser les bras, mieux que cela, si on investit dans la lutte contre la désertification, cela rapporte. C’est pour cela que nous insistons là-dessus, lors de notre journée, pour que nos gouvernants, la société civile, les producteurs agricoles, en somme tous les acteurs concernés par la lutte contre la désertification comprennent mieux les enjeux et le type d’effort à fournir afin d’inverser la tendance.

S. : D’autres organisations, telles que l’UEMOA ou l’Autorité de développement intégré de la région du Liptako Gourma (ALG) oeuvrent dans le domaine de la lutte contre la désertification. Quels rapports entretenez-vous avec ces dernières ?

I. M. B. : Lors de notre précédent sommet des chefs d’Etat, en janvier 2004 à Nouakchott (Mauritanie), les chefs d’Etat nous ont demandé de travailler à la coordination des politiques entre les organisations inter-gouvernementales pour éviter les doublons. Si je prends le cas de l’UEMOA ou de l’Autorité de développement intégré de la région du Liptako Gourma (ALG) nous avons des protocoles d’accord de coopération afin d’éviter de faire la même chose. Cela sera une dispersion inutile des ressources et des efforts. Au-delà de ça, notre vision a dépassé les limites du Sahel, nous avons désormais une vision ouest-africaine. Dans la cas de la sécurité alimentaire, les pays côtiers influencent notre sécurité alimentaire. Nous les avons donc intégrés dans notre système d’information sur la sécurité alimentaire. Concernant la lutte contre la désertification, la question est aussi trans-frontalière. Pour ces raisons, nous avons inscrit notre fonction dans l’espace de la CEDEAO et nous avons conclu un accord avec cette organisation en décembre 2006. A partir de cet accord, la CEDEAO nous considère comme son bras technique pour les questions liées à la sécurité alimentaire, la lutte contre la désertification. Tout cela non seulement pour éviter la duplication mais aussi pour consolider l’intégration sous régionale.

S. : Récemment, l’UEMOA a souhaité un élargissement de l’opération "Saaga" à tous les pays du CILSS. Où en est-on avec le dossier ?

I. M. B. : Nous menons depuis 2003 des réflexions sur la question de l’augmentation des précipitations par l’ensemencement des nuages, plus communément appelée les pluies provoquées. En partant de l’exemple du Burkina Faso qui a l’avantage d’avoir un programme à cet effet, le programme "Saaga". Nous avons élaboré un programme régional dénommé APENS (Augmentation des précipitations par l’ensemencement des nuages au Sahel). Nous estimons que l’augmentation des précipitations ne peut véritablement avoir d’effet que dans une approche régionale vu le coût exorbitant de l’approche pays. Aussi, la pluie, les nuages ne concernent jamais un pays pris isolemment. Pour toutes ces raisons, nous avons estimé qu’il fallait que les pays membres du CILSS s’accordent pour aller vers un programme régional. A la date d’aujourd’hui (NDLR : l’entretien a eu lieu le 21 septembre 2007), nous disposons d’une étude de faisabilité technique, économique et financière. Le coût du programme est estimé à soixante (60) milliards de franc CFA sur une période de cinq (5) ans. Ce programme comprend les investissements et le fonctionnement du programme. Nous avons également intégré l’enseignement et la recherche car l’augmentation des précipitations par l’ensemencement des nuages n’est pas encore parfaitement maîtrisé sur le plan scientifique. Donc, nous voulons approfondir cette question pour tirer meilleure partie de cette approche.

S. : Pourtant, certains dénoncent la dangerosité des pluies provoquées pour le sol. Qu’en est-il exactement ?

I. M. B. : Ces craintes ne sont pas fondées. L’augmentation des précipitations comme son nom l’indique n’est qu’une augmentation. On amène simplement les nuages formés à "tomber". Sinon ces nuages peuvent être perdus du fait de leur dispersion. Je ne discute pas la possiblité d’effets sur la végétation et les sols mais ces éléments sont pris en considération dans notre programme régional. Nous voulons éviter tous les risques.

S. : Le CILSS dispose t-il d’un moyen de pression sur les Etats ?

I. M. B. : Contrairement à la CEDEAO ou à l’UEMOA, nous n’avons pas de pouvoir de coercition. Nous sommes, avant tout, une organisation de coopération technique. Les décisions que nous voulons faire appliquer doivent donc passer par la CEDEAO ou l’UEMOA afin d’avoir le poids politique nécessaire. Mais nous sommes rarement confrontés à ce problème.

Interview réalisée par S. Nadoun COULIBALY et David BARTHES (Stagiaire)

Forum de l'article

  • Le CILSS et la lutte contre les crises alimentaires
    par ()], venant de

    彼女探しはhoney’s market!彼女との出会いはココから彼女募集中の男の子彼女をゲット彼女いない歴30年彼女と彼氏の事情彼女を出会い系でゲット彼女サーチ彼女探しコンパ彼女募集系サイト彼女を狙い撃ち彼女ハンター×ハンター彼女はヒステリックでグラマー


  • Le CILSS et la lutte contre les crises alimentaires
    par ()], venant de

    A designer handbags play is certainly a wise choice. like this wholesale replica handbags webiste,These bags are actually the same materials as marks of origin, and even proud of an excellent durability and craftsmanship.like Hermes birkin,Hermes kelly,speedy 30,chanel 2.55 bag,Louis vuitton Monogram Canvas replica purses,You do not have to worry about the poor quality and sub-functions just as cheap reproductions usually suffer. However, as these handbags are not subjected advertising and other promotional costs, they can be sold at very reasonable and affordable. With the same quality of design and reproduced as originals, you’re sure to have a good impression of your friends and colleagues of the company. I suggest you check out the quality about Chanel replica,Louis Vuitton replica,Gucci replica.How amazing replica purse !

Répondre à cet article
 
Propulsé par SPIP 2.1.26 | Squelette basé sur sandnyko | Suivre la vie du site RSS 2.0 | © Faso DEV 2007 - 2017