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Le « wagashi » pour combattre la malnutrition : l’ONG eau Vive contre l’insécurité alimentaire au Sahel burkinabè

Dori, (AIB) - Le Sahel burkinabè est l’une des régions les plus touchées par la malnutrition. Les données des districts sanitaires en 2008 indiquent une prévalence moyenne de 26,91%. Cette valeur est largement au dessus de la moyenne nationale qui est de 15,26% (annuaire statistique, 2005). Les provinces du Séno et du Yagha présentent de loin les valeurs les plus élevées avec respectivement 46,12% et 34,54% de malnutrition.

C’est pour faire face à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition dans la région du Sahel que Eau Vive, une ONG française de solidarité internationale, a initié à la demande des communautés rurales, le Programme de nutrition communautaire et sécurité alimentaire durables dans la région du Sahel (PNUCSAD).

Ce programme qui a démarré en janvier 2008 pour une durée de 3 ans avec un budget global de un milliard de francs CFA cofinancé par la Commission européenne, se donne pour objectif de réduire durablement la malnutrition en mettant en place des stratégies préventives endogènes.

Ce programme a démarré avec une étude approfondie des causes de la malnutrition dans la région du Sahel. Les résultats de cette étude font ressortir que les causes immédiates sont d’une part, un apport alimentaire inadéquat (les plats sont monotones et déficients en protéines, vitamines et minéraux ; il y a rarement plus d’un repas par jour pendant les périodes de soudure, l’allaitement maternel exclusif est très peu respecté) et d’autre part, les maladies infectieuses et parasitaires (le paludisme, les maladies respiratoires, la diarrhée et les parasitoses intestinales).

La principale cause sous-jacente est l’insécurité alimentaire avec les facteurs associés comme la pauvreté, l’ignorance, l’insuffisance d’accès aux services de santé, à l’eau potable et à l’assainissement. Pour améliorer la situation nutritionnelle, il faut donc agir sur ces causes.

Pour ce faire, Eau Vive avec l’appui des districts sanitaires de la région du Sahel, la direction régionale de la santé, du conseil régional des unions du Sahel et des villages partenaires a conçu un dispositif communautaire permettant aux villages de développer des actions de prévention de la malnutrition (suivi de la croissance des enfants, promotion des bonnes pratiques alimentaires et nutritionnelles, dépistage des cas de malnutrition, etc.) avec l’appui des formations sanitaires de proximité. Ces actions de nutrition à assise communautaire sont consolidées par l’appui aux activités féminines génératrices de revenu comme la fabrication et la vente de denrées alimentaires séchées (surtout les légumes) et la fabrication et la vente du « wagashi » (fromage peulh à base de lait de vache).

Ces produits ont été identifiés en concertation avec les populations locales pour être promus compte-tenu de leur apport nutritionnel (protéines, vitamines et minéraux) d’une part et de leur compatibilité avec les habitudes alimentaires locales et les moyens financiers des ménages d’autre part.

Le « wagashi » est un produit traditionnel des peulhs du Bénin, que les femmes du Sahel burkinabè ont décidé d’adopter pour mieux valoriser le lait de vache comme source de protéine dans l’alimentation. Il s’intègrerait bien aux plats courants, comme alternative à faible coût au poisson et à la viande dans les sauces qui accompagnent le tô (pâte de céréales).

Après la phase préparatoire du PNUCSAD qui a duré toute l’année 2008, les principaux résultats obtenus vont de la connaissance approfondie des causes de la malnutrition, à la conception et la mise en place du dispositif de nutrition communautaire dans 104 villages et à la formation de 250 acteurs villageois de la mise en œuvre des actions de nutrition (personnels de santé et animatrices communautaires). La conception et la réalisation des supports didactiques et des outils pédagogiques pour les actions de nutrition communautaire à l’usage des animatrices (guide d’animation en nutrition, hygiène et santé, boîte à images et affiches pour la sensibilisation sur les bonnes pratiques, etc.) ainsi que l’appui à la mise en place du cadre régional de concertation sur le nutrition pour la région du Sahel et la formation de 30 formatrices endogènes pour la fabrication du « wagashi » sont également des résultats le programme est parvenu.

Avec ses succès, le PNUCSAD enclenche sa phase de développement qui s’étale sur l’année 2009. Elle permettra, selon les prometteurs, de mettre en œuvre des actions villageoises de prévention de la malnutrition, de vulgariser la fabrication du « wagashi » dans les villages partenaires, de renforcer les activités de séchage de denrées alimentaires au niveau de 60 groupements féminins, et de réaliser 10 points d’eau potable pour améliorer l’accès de l’eau potable aux villages les plus défavorisés.

La dernière annualité du PNUCSAD, l’an 2010, sera consacrée à la consolidation des acquis de la phase de développement. Après plusieurs années d’expériences d’appui au développement dont la plupart étaient orientées vers l’assistanat, les populations de la région du Sahel burkinabè sont désormais mobilisées pour agir dans le cadre du PNUCSAD avec leurs moyens et leur savoir-faire afin que l’aide extérieure leur permette enfin de réduire durablement la malnutrition, l’insécurité alimentaire et la pauvreté.

Ali Mamoudou MAÏGA

source : http://www.sidwaya.bf/region_sahel.htm

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