La médecine traditionnelle reste le premier recours des Burkinabé pour plusieurs raisons. Réprimée pendant la colonisation, l’Etat Burkinabé est désormais conscient de sa portée sur tous les plans.
Aucune indication. Ni panneau, ni plaque n’oriente les visiteurs. Pourtant la cour de M. Sawadogo Mahamadou, tradipraticien ne désemplit jamais. Sa renommée il se l’a faite grâce au bouche à oreille. Dans sa concession au secteur 17 de Ouagadougou, il reçoit toute sorte de malades. Du lundi au lundi sans repos, il exerce entre Ouagadougou et Ouahigouya, son village d’origine. Dans sa clinique d’un genre peu ordinaire ouvert 24h sur 24, il ne soigne qu’à partir de plantes : feuilles, fruits, écorces, racines. Son savoir, il ne le détient pas d’une grande université de formation mais de son père lui-même tradipraticien « Il vit toujours, il est centenaire et habite en Côte d’Ivoire où je suis né. Je retourne le consulter à chaque fois qu’un cas délicat se présente à moi » confie t-il.
Sawadogo Mahamadou fait partie des trente mille (30 000)
tradipraticiens du Burkina Faso. La plupart de ses patients sont des enfants, des personnes séropositives, des femmes stériles, etc. Tous semblent y trouver satisfaction.
L’organisation mondiale de la santé définit la médecine traditionnelle comme « la combinaison des connaissances et pratiques, explicables ou non, utilisées dans le diagnostic, la prévention ou l’élimination de maladies physiques, mentales ou sociales et qui s’appuient exclusivement sur l’expérience et l’observation passées transmises de génération en génération, verbalement ou par écrit ».
La médecine traditionnelle reste le premier recours des Burkinabé en cas de maladie. Ils sont 80% à faire appel à cette forme de médecine. Aussi, selon une étude de la Banque mondiale réalisée en 2000, la vente de plantes médicinales rapporte dix (10) milliards de F cfa chaque année aupays. Plusieurs facteurs sont à l’origine de cet engouement.
Il y a d’abord le facteur culturel. C’est une pratique qui fait partie intégrante de notre culture. « Nous détenons notre science de nos ancêtres, elle existait bien avant l’arrivée des blancs » appuie M. Sawadogo.
Ensuite il y a l’efficacité : « Je reçois personnellement d’éminents Docteurs de l’hôpital comme patients. Beaucoup viennent ici après avoir échoué dans la médecine conventionnelle. Comment expliquer cela sinon que par l’efficacité ? » Lance avec fierté M.Sawadogo.
Cette patiente confirme : « Je travaille dans le secteur de la santé. Je fais recours au tradipraticien depuis qu’il a soigné avec succès l’enfant d’une amie alors que celle-ci avait essayé en vain la médecine moderne. De plus qu’il y a des maladies qu’on ne peut soigner qu’ici. »

« A notre niveau, ceux que nous encadrons, nous pouvons estimer à 50 % de tradipraticiens que nous avons recensés qui prodiguent de très bons soins » soutient le Pr Somé Eloi de la Direction de la Promotion de la médecine et de la pharmacopée traditionnelle.
Une autre raison à cette popularité, c’est la pauvreté. Les prix y sont à la portée de la bourse des populations. Par exemple chez M. Sawadogo les prix des produits varient entre 200 et 750 F cfa. Cependant contrairement à ce que l’on peut penser, à en juger par le profil des patients reçus par M. Sawadogo, la pauvreté n’est pas la première raison. « Mes patients sont issus de tous les secteurs d’activités. Des petits commerçants comme des personnalités du pays. Des Burkinabé comme des étrangers. Ils viennent du Ghana, du Sénégal, et même de l’Europe parfois ».
M. Sawadogo ajoute deux autres aspects qui font selon lui le succès de cette médecine : « ici nous mettons l’accent sur la psychologie et le suivi permanent. Nous rassurons toujours le malade en lui disant que grâce à Dieu il guérira, ensuite nous assurons un soutient social aux plus pauvres en leur prodiguant des soins gratuits. Par la suite, quand Dieu leur aura donné la santé et les moyens, ils reviennent payer. Nous acceptons les payements en nature particulièrement pour le traitement contre la stérilité ».
Des résultats prometteurs pour certaines maladies
Saye, n’dribale, viral-4, bacilline, respectivement contre le paludisme (les deux premiers), les hépatites virales, les diarrhées infectieuses sont quelques uns des dix médicaments homologués issus de la pharmacopée traditionnelle burkinabé. Quatre d’entre eux sont inscrits sur la liste nationale des médicaments essentiels et génériques.
L’une des plus grande découverte issue de la pharmacopée traditionnelle de nos jours est le « Faca » contre la drépanocytose. A l’origine de cette trouvaille un étudiant qui s’est intéressé à un traditérapeute de l’Ouest du Burkina qui soignaient des enfants victimes de crise drepanocytaire. Le « Faca », né de la combinaison de deux plantes, le Fagara xanthoxyloïde (Rutaceae) et le calotropis procera (Asclepiadaceae) est aujourd’hui en cours d’homologation.
En 2004 quatre médicaments des laboratoires Phytofla à Banfora, produit par le Dr Zéphirin Dakuyo et deux médicaments des laboratoires Phytosalus du Père César à Ouagadougou ont bénéficié d’une autorisation de mise sur le marché.
A l’unité phytothérapeutique de Saint-Camille des tradipraticiens sont suivis dans le cadre de la lutte contre le VIH/Sida.
Selon le ministère de la santé, Hépatites, fièvre jaune, zona, toux, paludisme, drépanocytose, hémorroïdes, fractures, sinusites, impuissance sexuelle masculine, sont certaines des maladies que les tradipraticiens soignent avec un taux de succès assez élevé. De ce fait, certains agents de santé n’hésitent pas à collaborer étroitement avec eux dans la prise en charge de certaines maladies. « Il m’arrive de conseiller certains produits aux malades. En particulier contre l’hypertension, il y a des produits naturels de la médecine traditionnelle qui soulagent énormément. » Reconnaît un agent exerçant dans un centre de santé de la place.
Mais « il faut distinguer le tradipraticien du charlatan » nuance M. Sawadogo « il y en a qui prétendent tout savoir et tout faire. Moi je n’utilise que des substances naturelles pour soulager d’un mal. »
En effet, certaines personnes abusent de la confiance des malades. Selon Pr somé, il existe des critères pour reconnaître le vrai tradipraticien : la notoriété et la sédentarité. « Quelqu’un qui exerce dans son milieu, qui reçoit les patients chez lui, c’est déjà un indice. Il y a ensuite la notoriété. Si vous allez dans un village, vous dites, j’ai telle maladie est-ce que je peux avoir un tradipraticien qui va me soigner. Vous constaterez que le jeune enfant que vous allez rencontrer, vous dira : je connais un tel, il soigne bien cette maladie. Généralement de bouche à oreille les gens disent je souffrais de telle maladie, et c’est le tradipraticien X qui m’a soigné. »*
Un domaine réglementé
L’Etat Burkinabé s’efforce ses dernières années d’encadrer et de réglementer le secteur de la médecine traditionnelle. « Le Burkina Faso a pris conscience des enjeux de cette médecine traditionnelle : enjeux culturel parce qu’elle fait partie de notre culture ; enjeux scientifique du fait de l’existence d’une expertise traditionnelle ; enjeux économique car cela diminue le taux d’importation de produits pharmaceutiques ; enjeux médical parce que ce sont des produits qui ont des vertus thérapeutiques avérées » justifie Mme Kadidja Dagba chargée de la valorisation des médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle.
Ainsi la politique nationale en matière de médecine et pharmacopée adoptée en 2004 donne des orientations en la matière. Elle est basée sur la nécessaire collaboration entre médecine traditionnelle et médecine moderne pour la couverture des besoins sanitaires de la population.
Deux décrets règlement le secteur de la médecine au Burkina : un décret portant condition d’exercice de la médecine et pharmacopée traditionnelles au Burkina et un autre portant autorisation de mise sur le marché des médicaments traditionnels.
La Direction de la Promotion de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles créée en 2002 comporte trois services : le service contrôle et réglementation de l’exercice de la médecine traditionnelle, le service enquête et statistique, le service appui à la valorisation des médicaments traditionnels. Elle s’occupe entre autres des essaies thérapeutiques des produits, de l’homologation, de la formation des tradipraticiens sur les bonnes pratiques de production et de l’appui sur les questions de propriété intellectuelle.
« Cela n’a pas été facile. Au début il y avait une certaine méfiance mais de nos jours notre collaboration avec les tradipraticiens s’est améliorée, ils sont de plus en plus ouverts et les formations que nous leur donnons améliorent leur compétence » se félicite Mme Dagba.
Inna GUENDA SEGUEDA
Article réalisé dans le cadre des publications mensuelles de Faso-dev.
Pharmacopée traditionnelle au Burkina : le retour à la sourcebonjour. c’est une question. pouvez aider dans les concours ?
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Pharmacopée traditionnelle au Burkina : le retour à la sourcemon message concerne aussi le texte du jeudi 7 Août 2008 par rouki.Je voulais les contacts telephonique si possible de mr sawadogo mahamadou et les autres citer dans le texte en côte d’voire et au burkina merci et bonne journée
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