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Production rizicole : Le riz de Bagré s’expose et convainc

Une des plus grandes plaines du Burkina avec environ 1800ha repartis entre seize (16) villages, où est produit du riz en deux saisons par an, Bagré reste un espoir essentiel de ravitaillement du Burkina en riz. La crise alimentaire et les émeutes de la faim qui ont marqué l’année 2008 obligent d’ailleurs les États à se tourner vers l’amélioration de la production locale.

A la faveur de la semaine commerciale multisectorielle qui s’est déroulée du 22 au 30 décembre 2008 à Ouagadougou, nous avons rencontré deux acteurs : Moussa Kéré est assistant technique auprès de la mission technique de Taïwan à Bagré. Justin Bayili lui, assume les fonctions de Directeur général de l’Office national du commerce (ONAC). Des plaines ensoleillées de Bagré aux bureaux climatisés de l’office du commerce, la conjugaison des efforts doit être renforcée et la vision, commune, afin que le Burkinabè reçoive en quantité mais aussi en qualité, du riz à moindre coût. Aussi faut- il que ce dernier change ses habitudes de consommation.

L’Eveil éducation : Comment se passe la production du riz à Bagré ?

Moussa Kéré Assistant technique : La production se passe bien mais il réside des difficultés au niveau des producteurs sur les plans de la commercialisation et des intrants. Souvent ils ont des problèmes d’accessibilité aux intrants mais l’année passée Dieu merci nous avons eu des subventions en intrants qui nous ont permis d’avoir de très bons rendements.

Qu’est-ce que vous êtes venu présenter à la semaine commerciale ?

Nous sommes là pour présenter le projet de la coopération taïwanaise. Nous exposons aussi une machine venue de la République de Chine Taïwan. Elle coûte environ un million cent cinquante mille (1 150 000) francs et emballe tout genre de céréales. On peut emballer du riz d’un à deux kilos maximum. Cette machine emballe sous vide c’est - à - dire qu’après l’emballage il n’y a pas d’air à l’intérieur, permettant ainsi une conservation à long terme.

Quelle est la différence entre le riz de Bagré et le riz importé ?

La différence est très grande. Le riz importé nous cause beaucoup de problèmes sanitaires. Nous ne savons pas à quel moment ce riz a été récolté et mis en emballage, peut-être que ça duré dix ou quinze ans. Le riz importé aussi n’a pas de goût. Par exemple depuis que je suis arrivé ici à Ouaga j’ai des problèmes pour pouvoir manger à cause du riz importé. Moi j’ai l’habitude de manger du riz de Bagré. J’invite toute la population burkinabè à consommer le riz burkinabè parce que c’est un riz naturel sans pesticide. C’est un riz de qualité et de goût qui garantit une parfaite santé. J’appelle donc toute la population burkinabè à se tourner vers notre production nationale.

Bagré peut-il ravitailler tout le Burkina en riz ?

Je crois que toutes les plaines rizicoles et les bas- fonds peuvent ravitailler tout le Burkina en riz. Si le gouvernement arrive à bien organiser la riziculture je pense que notre riz national peut suffisamment nourrir notre population.

Selon vous qu’est-ce que le gouvernement doit faire concrètement pour vous aider à nourrir tous les Burkinabè ?

Il faut premièrement que le gouvernement se penche sur le problème des intrants. C’est le problème majeur des producteurs. Il faut subventionner les intrants en vue de favoriser leur accessibilité aux producteurs. En seconde position le gouvernement doit se pencher aussi sur le problème de labour. Souvent tu as l’argent en mains pour labourer ton champ mais il n’y a ni tracteur, ni bœufs de traie pour le faire. Il faut noter sur ce plan que les tracteurs ne peuvent pas labourer à Bagré, donc nous demandons au gouvernement de voir avec la coopération taïwanaise s’ils peuvent avoir des motoculteurs pour nous producteurs de Bagré. C’est le véritable problème, s’il y a des motoculteurs pour labourer les plaines au temps voulu moi je pense que Bagré à lui seul peut nourrir les ¾ de notre population, parce que la production se fait en deux saisons par an.

Quel est l’écho qui vous vient des consommateurs ?

Certains consommateurs nous reprochent d’avoir rencontré beaucoup de cailloux dans le riz. D’autres aussi disent que le riz de Bagré est de bonne qualité. Malheureusement il se trouve des commerçants qui prennent les sacs vides du riz de Bagré dans lesquels ils mettent du riz importé pour vendre aux consommateurs, ça ce n’est pas bien. L’autre reproche c’est la rareté de notre riz ici à Ouagadougou.

Je voudrais vous dire aussi vous nos frères qui étudient à l’université, que vous avez votre place à Bagré parce que parmi vous peuvent sortir des ingénieurs en agronomie. Vous pouvez nous encadrer pour nous permettre d’accroître nos rendements. Nous avons besoin de formation pour être à l’heure des nouvelles techniques. Aux chercheurs, nous leurs demandons d’inventer des machines qui peuvent nous aider à labourer, à repiquer le riz, à moissonner et à battre en même temps. Si des efforts d’ensemble sont conjugués nous pouvons atteindre l’autosuffisance alimentaire.

Justin Bayili, DG de l’ONAC

L’éveil éducation : Qu’est-ce qui vous a amené à organiser cette semaine commerciale ?

Justin Bayili : La semaine commerciale multisectorielle est une plate- forme que nous offrons à nos producteurs, que ce soit des produits de l’agriculture, des produits de l’élevage, de l’artisanat, de venir exposer leurs potentiels produits au cours de l’année 2008, mais surtout pouvoir réaliser des chiffres d’affaires. Nous avons voulu saisir l’opportunité justement des fêtes de fin d’année qui sont des périodes où nous constatons un certain engouement pour la consommation pour rapprocher nos productions des consommateurs dans la ville de Ouagadougou.

Quelle sera la suite de cette première expérience ?

Au regard des chiffres d’affaires réalisés, de l’engouement que l’on observe par ci par là de la part des consommateurs pour acheter les produits exposés, nous pensons que l’occasion nous sera donnée de rééditer cette manifestation probablement en décembre 2009.

Selon vous y a t- il de l’engouement de la part des consommateurs pour les produits locaux ?

Malheureusement il le faut le reconnaître, en dehors de certains produits, les Burkinabè ont des habitudes de consommation un peu extraverties, c’est- à- dire tournées généralement vers la consommation des produits extérieurs. A travers ces manifestations que nous organisons, nous amenons les consommateurs burkinabè à apprécier la qualité des produits exposés et nous avons constaté depuis le début de la semaine les quantités de riz qui sont sorties, les quantités de produits notamment liés au beurre de karité, les produits cosmétiques que les gens achètent, nous pensons de plus en plus que les Burkinabè vont se tourner davantage vers les produits intérieurs. Il est clair que l’environnement international aidant, notamment avec la crise internationale, la vie chère il est de plus en plus certain qu’on sera obligé non seulement de stimuler davantage notre production mais également d’amener les Burkinabè à consommer cette production.

On remarque également que le riz de Bagré n’est souvent pas disponible en quantité sur le marché, qu’est-ce qui explique cela ?

Si le marché est là il va falloir que nous travaillions à accroître davantage la production pour qu’elle soit en phase avec le marché. Dans ce sens nous avons vu les échantillons qui nous ont été présentés ici notamment les nouveaux types d’emballage. Il faut reconnaître que nous sommes dans un système de production moderne et il est difficile de produire et d’aller mettre sur le marché sans s’assurer que ce produit sera acheté. Mais les échantillons présentés ont vraiment attiré l’attention des consommateurs, et nous restons convaincus que ça va inciter davantage également les producteurs à opter pour ce genre d’emballage pour leurs produits. Il est clair que dès lors que le produit est là, il appartient aux structures chargées de la commercialisation de créer les cadres nécessaires pour faciliter justement la vente et l’écoulement de ces produits. Nous pensons que les manifestations commerciales que nous organisons au niveau national vont dans le sens de favoriser cette commercialisation.

Interview réalisée par SaintAnge

L’Eveil Education

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