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Un paysan ambassadeur de l’ONU à New York

François Traoré n’est plus à présenter. Longtemps président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPC-B) qu’il a portée sur les fonts baptismaux en 1998 et avec laquelle il a pris ses distances il y a un peu plus d’un an, il est aujourd’hui ambassadeur des Nations pour la promotion des coopératives. Ce sera pour toute l’année 2012. Un nouveau défi pour un homme qui n’aime que ça.

En ce jour de dimanche 6 novembre, alors que les fidèles musulmans s’apprêtaient à célébrer la fête de Tabaski, il m’emmenait dans son champ école à quelques encablures de Bobo (14 km au Sud-Est). « C’est l’endroit idéal pour qu’on parle de coton et de coopérative », lance-t-il. Je me rendrai compte après quand il m’expliquera que ce champ de 3,5 hectare est en réalité un champ école. Le coton qu’il y a cultivé est d’un hectare de Coton génétiquement modifié (CGM). Il l’a semé le 7 juillet, puis le 14 il a ressemé avec des écartements d’un mètre entre les poquets. « Je l’ai fait pour expliquer aux paysans qu’avec l’application des bonnes techniques agricoles, on peut toujours récolter », nous confie-t-il tout. Le sorgho occupe également un hectare ; de même que l’arachide qu’il a déjà récoltée.

C’est le haricot qui a eu droit à ½ hectare. « J’ai réuni toutes ces spéculations pour montrer aux producteurs moyens qu’on n’a pas besoin de grandes superficies pour produire et se nourrir », nous explique-t-il. Avant d’ajouter : « ce champ, je l’ai cultivé en collaboration avec un autre paysan qui n’a pas de bœufs de trait. Nous avons travaillé en coopérative, ce qui lui a permis de labourer chez moi mais également chez lui et aujourd’hui, chacun de nous est en train de récolter. C’est cela l’esprit de coopérative ». Et nous y sommes.

François Traoré était en fin octobre début novembre à New York au siège de l’Organisation des Nations unies. Où il a pris part à l’Assemblée générale de l’Organisation mondiale, mais surtout à la session qui a mis en place le Comité des Nations unies, composé de 40 membres, qui va au cours de l’année 2012, faire le lobbying de coopératives agricoles dans le monde. Il y est avec une Ethiopienne qui n’a pas fait le déplacement.

François Traoré est bien convaincu de son rôle car il est convaincu « il consistera pour nous de faire comprendre qu’il s’agit de faire ensemble ce que seul, on ne peut pas faire ». C’est dans son rôle, il pense qu’il a un avantage car « les coopératives sont une tradition africaine ». « Depuis longtemps, nos grands-parents ont toujours travaillé en coopérative, avec des règles bien établies. Il suffira pour nous de faire revivre ces souvenirs, mais avec de nouvelles règles conformément au nouveau monde qui se veut mondialisé et démocratique. L’Afrique y a beaucoup à gagner », se convainc-t-il.

Mais François Traoré n’est pas si naïf car il sait qu’il va falloir convaincre plus le monde paysan. « Il faut que le politique nous facilite la tâche. Car tout ce que nous faisons, c’est à son avantage mais malheureusement, il le ne le comprend toujours pas comme cela », s’insurge-t-il. Puis il interroge : « qui gagne quand le monde agricole est mieux organisé ? Qui a intérêt lorsque les productions agricoles sont meilleures et quand la sécurité alimentaire est assurée ? Qui profite quand il n’y a plus de crise alimentaire, donc plus de manifestations ? ». « C’est bien le politique », répond-il. Aussi, pense-t-il qu’il doit pouvoir les aider, lui et les autres membres du Comité, à réussir leur mission d’ambassadeur qui ne dure qu’une année seulement.

En même temps créer le cadre pour un réel épanouissement des coopératives agricoles. Déjà, le 8 novembre, il devait rencontrer une cinquantaine de députés burkinabé pour parler de coton génétiquement modifié et les avantages liés à sa production. Sur invitation de l’Agence nationale de biosécurité dirigée le professeur Alassane Séré. Dans la foulée, il rencontrera le Premier ministre et des membres du gouvernement pour expliquer son nouveau rôle. Qu’il pense bien pouvoir réussir. Car François Traoré a une conviction : « ce qu’il y a devant à faire est toujours plus grand que ce qui est passé ».

Séri Aymard BOGNINI

L’Express du Faso

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